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           Une réponse à   " C'est quoi, peindre ? "

De l'ensemble des recherches entreprises  se détache nettement la peinture, devenue mon expression primordiale lorsque j'ai su qu'elle pouvait atteindre, de manière organique, l'essence même d'une approche poétique singulière du monde. Elle est une interrogation directe du langage : ce qui me relie au monde, ce qui me fait dire et savoir que j'existe. Je m'écarte chaque matin de ceux qui m'ont indiqué le chemin, Monet, Nicolas de Staël, Rothko et d'autres. Je pose des questions, j'invente les réponses par le biais de ce qui peu à peu se précise en diverses thématiques ayant toutes le même objet : je suis ce que je peins, je ne peins pas ce que je suis.  Je est une présence plastique au monde, mon instinct doit être celui de l'outil, c'est ainsi et l'histoire des civilisations me le montre depuis son origine.

C'est quoi, peindre ? Tenter de peindre ce que l'on peindrait si l'on peignait - pour paraphraser Duras. Un peintre : quelqu'un qui, mieux qu'un autre, sait donner à voir l'indiscernable. Prodige de l'obscurité vaincue par la couleur.
Peindre, c'est provoquer la rencontre d'un signe et d'une intention. Qu'importe que cela s'intitule le rouge est ma couleur, série noire, A comme..., Rothko et moi, oranges bleues, aventures nouvelles aventures, l'ombre de la cité, la douleur et la nuit, ni dieu ni maître, musique-musique-musique, où vont nos rêves...? Qu'importe, puisque la peinture ne tient que par la force du style, par la clairvoyance exercée dans le choix des solutions que la matérialité des choses induit: les graphes, les couleurs, les contours et détours que la lumière rendra visibles. Monet, quand il peint des nénuphars, en saisit la substantifique nature, un territoire que son pinceau explore mieux que toutes les mises en scène artificieuses et vaniteuses de l'émotion ne sauront jamais le faire. Des brosses, une toile, de la couleur et l'envie terrible d'y aller, c'est par ce biais  trivial que l'émotion se déploie au-delà et en-deçà de nos drames - le monde et moi, le monde qui se meurt sous nos yeux.

Pas de conclusion : pas le temps de mourir tout de suite. Alors, dans l'urgence, chercher, exhumer, détruire et bâtir - atteindre l'or enfoui dans le corps du monde, à l'écart de ce qui nous mithridatise. Je réinvente dans l'arche-atelier, sans illusion ni perversité, l'histoire des visionnaires, des poètes, des vaincus, des rêveurs. J'invente ici et avec eux les derniers jours de l'humanité. Je dis que nous sommes vivants (orgueil démesuré et passion impatiente) et que vous êtes morts.  
                                      Michèle Victor, 27 Janvier 2007
                                                         

                                                                           
                                                                                                                                                                                                                                     

 



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